Extrait, tome 1

« Taisez-vous et embrassez-moi »

Isabella FitzRoy, Le colis Murfy

Prologue

Fort Edward, colonie royale de New York, février 1756

  • Pourquoi n’ai-je pas posé mes conditions avant de lui promettre cela ?

Philip Murfy, comte de Lancastre, colonel du 33e régiment chargé de défendre le fort Edward, déposa la lettre qu’il venait de terminer de lire sur son bureau. Machinalement, il faisait tourner sa pièce d’une guinée entre ses doigts, réfléchissant aux possibles conséquences ainsi qu’aux dangers reliés au contenu de cette missive.

Le duc de Grafton, son ami, Augustus Henry FitzRoy, souhaitait de lui qu’il paie enfin son dû. Des années plus tôt, Philip avait fait la connaissance d’Augustus à la chambre des lords. En fait, c’était grâce à son vote qu’il avait réussi à y faire son entrée. Philip lui avait alors avoué lui être redevable, que le jour venu il n’avait qu’à faire appel à lui.

Ce jour était maintenant arrivé.

Augustus réclamait son aide afin d’éviter que sa famille tombe en disgrâce. Il le priait de s’impliquer personnellement dans un engagement à long terme.

Il devait épouser sa fille, Isabella FitzRoy.

Ayant toujours refusé de se marier, il n’avait jamais réellement pensé qu’un jour il n’y échapperait pas. Cette demande particulière venait littéralement de bouleverser sa vie.

Sa carrière militaire lui imposait d’être continuellement en déplacement, en plus du fait qu’il pouvait mourir à tout moment lors d’une bataille ou d’une embuscade. C’était inconcevable pour lui de laisser sa femme perpétuellement dans la crainte que son mari ne revienne jamais à la maison.

Maintenant âgé de quarante ans, il était peut-être temps de revoir les choses avec une autre perspective. Était-il possible que cela lui profite davantage qu’au duc lui-même ?

Le comte prenait d’énormes risques en envoyant sa fille en Amérique ; les menaces qu’elle pourrait affronter sur la route entre New York et Albany étaient nombreuses, tout pouvait lui arriver, même y perdre la vie.

En tant que colonel du fort, il serait impératif de s’assurer que personne ne soit au courant qu’elle lui est destinée, car on pourrait tenter de l’enlever et cela pourrait être un enjeu majeur à la prise du fort Edward par les Français. Sans le savoir, Isabella devenait une des raisons pour laquelle il se livrerait à ses ennemis sans même négocier.

  • Soldat ! appela le colonel.

La porte de son bureau s’ouvrit pour laisser entrer le militaire qui salua son supérieur en portant la main à son front.

  • Veuillez aller quérir le lieutenant-colonel Winchester.
  • Tout de suite colonel.

De ses vingt ans de bons et valeureux services, au sein de l’armée de Sa Majesté, c’était bien la première fois qu’il mettrait en jeu son avenir et possiblement sa carrière pour une mission de ce genre.

Pour en assurer son succès, il devrait utiliser un des vaisseaux de la Royal Navy. On lui exigerait, aussi, de contourner les règles en impliquant un civil. Semblerait-il que cet homme, à lui seul, garantirait qu’Isabella s’en sortirait indemne.

Stratégiquement, il était impossible de la faire escorter sans attirer l’attention, il ne pourrait compter que sur lui. Pourquoi FitzRoy avait-il choisi cet homme en particulier ?

Ses réflexions furent interrompues à la suite de l’entrée de son subalterne.

  • Colonel.
  • Asseyez-vous.

De la main, Murfy lui indiqua de prendre place sur une des chaises face à lui.

  • Un problème ? Le visage d’Henry Winchester refléta l’expression sérieuse de son ami.

Murfy poussa la lettre vers le lieutenant-colonel en l’invitant à prendre connaissance par lui-même de son contenu. Une fois sa lecture terminée, Winchester haussa un sourcil et leva les yeux vers son supérieur.

  • Qu’avez-vous décidé, allez-vous accepter ?
  • Je ne crois pas avoir le choix, mon ami.
  • Tout de même, êtes-vous prêt à en assumer les conséquences si cette mission venait à échouer ?
  • Vous me connaissez assez pour savoir que je ne suis pas du genre à m’esquiver.
  • Et s’il lui arrivait quelque chose, y avez-vous songé ?
  • Bien sûr que j’y ai pensé. Jadis, j’ai promis au duc qu’il pourrait compter sur moi le moment venu et je n’ai qu’une seule parole. Si FitzRoy a pris cette décision, il l’a fait en toute connaissance de cause des dangers réels.
  • Par tous les saints, Philip ! Vous devez le convaincre de retarder son départ. Pourquoi le duc n’attend-il pas votre retour au lieu de vous envoyer sa fille ? s’exaspéra Henry.
  • Il semble qu’il soit urgent qu’elle quitte le Suffolk.
  • Je ne connais qu’une seule raison qui pourrait pousser un père à vouloir expatrier sa fille de l’autre côté de l’océan.

Murfy appuya ses coudes sur son bureau et pointa son doigt sur l’homme devant lui.

  • Osez-vous insinuer que le duc me demanderait d’épouser sa fille parce qu’elle aurait été compromise ? Qu’elle porterait peut-être déjà un enfant ?
  • Si vous avez une meilleure hypothèse, je suis tout ouïe.

Philip s’enfonça dans sa chaise tentant de repousser cette théorie. Le duc ne lui ferait tout de même pas cet affront, si ? Le regard d’Henry toujours posé sur lui semblait attendre qu’il lui fasse part de ses lumières. Lorsque celui-ci haussa les sourcils pour appuyer l’évidence de son raisonnement, Philip leva les yeux au ciel puis soupira avant de se diriger vers la carafe de whisky.

  • Vous m’énervez Winchester, grommela Murfy.
  • Je sais, c’est pour cela que nous sommes amis depuis si longtemps, vous appréciez ma perspicacité, le nargua Henry.

Henry Winchester et Philip Murfy servaient ensemble depuis maintenant plus de dix ans. Avec les années, ils avaient développé une relation de confiance et étaient même devenus des amis, ce qui permettait aux deux hommes d’avoir des discussions franches et honnêtes.

  • Dites plutôt que je suis le seul colonel à vous supporter. Qui voudrait d’un lieutenant-colonel qui dit tout ce qui lui vient à l’esprit ? répondit Philip en secouant la tête de gauche à droite.
  • Je ne fais qu’émettre diverses opinions ou encore soulever des possibilités que vous-même n’aviez pas envisagées. Nous nous complétons, mon cher, renchérit Henry.

Philip se retourna et lui servit un regard mauvais.

  • Lincoln, est-il réellement l’homme de la situation ? demanda Philip qui remplissait deux verres.
  • Pourquoi doutez-vous de lui ?
  • Pardonnez-moi, mon ami, mais nous devons reconnaître qu’il est essentiel de considérer la réputation de votre fils. Il y a fort à parier qu’il pourrait facilement être détourné de l’objectif de cette mission. Vous l’avez lu comme moi, FitzRoy a exigé qu’il garantisse sa sécurité, je ne fais que m’assurer qu’il s’en tiendra aux ordres.

Philip lui remit un verre de whisky et s’assit sur le coin de son bureau. Henry prit le temps de goûter au contenu ambré avant de lui répondre.

  • Je ne connais point d’homme n’ayant aucune faiblesse, Philip. Il a le sens de l’honneur et c’est la personne en qui j’ai le plus confiance. N’oubliez pas qu’il est celui qui risquera sa vie. C’est sans hésitation que je remettrais la vie de sa chère mère ou même la mienne entre ses mains, répondit-il le plus sérieusement du monde.

La pièce d’or s’enroula d’une phalange à l’autre exécutant deux tours complets des cinq doigts avant que le colonel cesse de la manipuler.

  • J’ai toujours eu confiance en votre jugement, si vous croyez qu’il est digne de cette mission, alors soit.
  • Quand devra-t-il quitter l’Angleterre ?
  • Le plus rapidement possible, je vais rédiger ma réponse sans attendre afin que celle-ci soit sur le prochain bateau. Vous vous chargerez de lui transmettre les instructions concernant la récupération du colis à New York.

Murfy contourna son bureau et reprit sa place derrière celui-ci avant de saisir sa plume.

  • Colonel, réfléchissez bien, vous n’êtes pas obligé de participer à tout cela. Il y a sûrement une autre solution. Quelqu’un d’autre peut se porter garant du colis à votre place.
  • J’ai déjà pesé le pour et le contre, Winchester. Je ne changerai pas d’avis, répondit Murfy sur un ton qui signifiait que la discussion était close.
  • Certainement colonel, je vais de ce pas lui écrire l’ordre de mission… ainsi qu’en aviser ma femme. Seigneur… comment vais-je lui annoncer que la présence de son fils est requise de l’autre côté de l’océan ?
  • Votre perspicacité vous aurait-elle quitté, Winchester ? le nargua à son tour Murfy.

.

Chapitre 1

Euston, Suffolk, 1755

Trois mois plus tôt.

Isabella se rendait à l’écurie pour prendre soin de sa pouliche pur-sang. Ce n’est qu’à quelques pas du box qu’elle le vît. Jake était là, brossant le cheval du duc.

Se retournant sur son passage, il lui servit son sourire qui le rendait si irrésistible. Celui-là même, qui faisait pâmer toutes les employées d’Euston Hall. Depuis son arrivée, il faut dire que Jake avait un franc succès avec la gent féminine et, par conséquent, s’était bâti une belle réputation.

Quelques-unes des bonnes de la maison racontaient qu’un seul de ses baisers vous faisait tourner la tête au point d’en perdre toute maîtrise de soi. D’autres affirmaient qu’il avait le pouvoir de vous ensorceler et d’ainsi profiter du corps de sa charmante victime, selon ses désirs.

L’observant tout en maintenant le pas, elle suivait le mouvement envoûtant de ses mains robustes sur le corps du cheval. En effectuant de longues et lentes caresses, Jake commença par la crinière, puis laissa glisser sa main le long de son dos, terminant par un touché sensuel, sur sa croupe arrondie.

Elle frissonna, non de froid, mais plutôt à la pensée que son corps lui aussi pouvait goûter à ce genre de caresse.

Touchait-il les femmes avec autant de soin ?

Elle sentit la chaleur lui colorer les joues et lorsqu’elle leva les yeux, ceux de Jake n’avaient plus la couleur bleu ciel, mais le gris de l’orage. Elle pouvait ressentir le désir lui tirailler le bas ventre. Isabella n’avait plus qu’une envie, confirmer la véracité de la réputation de Jake.

  • Bonjour Lady Isabella, la salua Jake de sa voix grave.
  • Bonjour à vous Jake, belle journée n’est-ce pas ?

Elle se concentra à conserver une démarche normale jusqu’au fond de l’écurie où elle y récupéra la brosse pour sa jument. Lorsqu’elle fit demi-tour, elle sursauta et un cri de surprise s’échappa de sa bouche. Jake était là, les bras croisés, l’épaule droite appuyée contre le mur de la stalle. La façon ensorcelante dont il la dévora du regard la cloua sur place.

Oh…mon…Dieu…

  • Une magnifique journée en effet. Avez-vous besoin d’aide, ma lady ?

Il la fixait tel un loup dans la bergerie. Isabella sentait la chaleur descendre dans sa poitrine.

  • C’est très gentil à vous de le demander, mais ça ira, merci.

Elle fit quelques pas afin de le contourner. Lorsqu’il lui barra le chemin en posant une main sur sa hanche, Isabella eut un léger mouvement de recul, mais Jake l’a reteint fermement l’attirant contre lui.

  • Jake… que faites-vous ?

Lentement, il réduit l’espace entre eux afin de lui faire face.

  • Ce que vos yeux me supplient de vous faire.

Son regard passait de ses yeux à ses lèvres.

  • Oh ! Et que disent-ils… ? murmura-t-elle.

Jake glissa une mèche rebelle, sortie de son chignon bas, derrière son oreille. Il traça ensuite le contour de son visage jusque sous son menton. D’une douce pression, son pouce glissa sur sa lèvre inférieure. Isabella cessa de respirer tant ce geste attisa son désir.

  • Jake… ?

Elle entrouvrit les lèvres.

Dites que vous allez m’embrasser… non, il ne faut pas… oh oui ! S’il vous plaît !

Avec son corps, il la forçait à reculer jusqu’à ce qu’elle soit coincée contre le mur. Jake imposait par sa grande stature ; confiant, il savait exactement comment composer avec sa virilité. Il n’y avait que dans ses rêves qu’elle avait cru possible de connaître un tel homme. Isabella réalisa à cet instant qu’elle tremblait de désir pour lui.

C’est alors qu’il posa les mains de chaque côté de sa tête afin de l’emprisonner de son corps. Elle était sa captive et ne souhaitait pas s’échapper, loin de là. Isabella avait le visage pratiquement plaqué contre son torse, son corps dégageait des effluves de savon et de cuir. Jake se pencha vers l’avant jusqu’à ce qu’il puisse la regarder.

  • Avez-vous déjà été embrassé, lady Isabella ?

Elle releva la tête pour le regarder.

  • Ou… oui.

Il s’approcha encore, il suffisait qu’elle lève à peine la tête pour goûter ses lèvres, son regard la brûlait. Croyant qu’il allait enfin l’embrasser, il frôla plutôt sa joue de la sienne et lui murmura :

  • Je veux dire réellement embrassée. Au point où vos jambes ne vous supportent plus, que vos seins veulent s’extirper de votre corsage, de ressentir la moiteur s’installer entre vos jambes.

Non jamais…

Il emprisonna son lobe de ses lèvres.

  • Jake… nous pourrions être surpris… je ne crois pas…

Elle protesta pour la forme, car elle ne voulait surtout pas qu’il cesse. Il glissa ses doigts dans sa chevelure à la base de sa nuque et de l’autre, lui prit la taille. Elle laissa échapper un souffle lorsqu’il pressa son corps contre le sien.

Faites-moi perdre la tête Jake…

Il déposa un doux baiser sur sa lèvre supérieure puis sur sa lèvre inférieure. Il raffermit sa prise et lui tira les cheveux afin qu’elle penche la tête vers l’arrière.

Elle ferma les yeux et un soupir de délice s’échappa de sa bouche.

Ce fut le signal que Jake attendait.

Il l’embrassa, prit possession de ses lèvres dans un baiser passionné qui la plaqua au mur. Ses genoux flanchèrent et des fourmillements envahirent son entrejambe.

Oh…mon…Dieu…

Elle posa ses mains sur les épaules de Jake. Malgré ses vêtements, elle pouvait sentir la fermeté des muscles de ses bras. Elle n’avait jamais touché le corps d’un homme et elle aimait la force qu’il dégageait.

Jake s’arrêta un instant, le souffle court, cherchant son regard. Isabella avait les lèvres gonflées et les joues rosies par le plaisir, elle semblait flotter dans une brume de désir. Lui saisissant la tête de ses deux mains, elle l’attira à lui, l’encourageant à continuer de baiser avidement sa bouche.

N’arrêtez pas je vous en conjure !

Les mains de Jake glissèrent le long de son corps et s’arrêtèrent au niveau de sa poitrine. Ses seins trouvèrent refuge dans le creux de ses mains, les pétrissant à la limite de la douleur. Du bout de la langue, il taquinait ses lèvres afin qu’elle ouvre la bouche pour lui en donner entièrement accès. Elle y consentit et leurs langues glissèrent l’une contre l’autre, affamées de goûter l’autre.

Isabella perçut des gémissements et réalisa que c’était les siens. Jake l’agrippa par les fesses, la souleva et se pressa contre elle afin qu’elle puisse sentir la force de son désir. Il frottait son membre durci contre elle comme s’il la prenait contre le mur. C’était totalement exquis.

Et complètement indécent !

  • Mais que se passe-t-il ici ? Isabella FitzRoy !

Malédiction ! Papa !

Jake la lâcha subitement et tenta de la dissimuler de son corps afin que le visiteur impromptu ne la découvre pas. Malheureusement, Augustus Henry FitzRoy, 3e duc de Grafton, comte d’Euston, avait déjà reconnu sa fille.

Comble de malheur, il n’était pas le seul témoin de la scène. À ses côtés, le marquis Will Johnson était pantois. Son expression interloquée se transforma en dégoût.

Elle avait été surprise dans cette position peu convenable, indécente.

Par son fiancé.

Avec un valet de pied, qui plus est.

Elle était dans de beaux draps, pour ne pas dire qu’elle avait de très gros ennuis.

D’accord, elle devait se l’avouer, Jake n’avait pas été un choix judicieux, mais tellement irrésistible. Elle s’était sentie attirée par lui tel un papillon vers une torche brûlante.

Et grâce à lui, elle connaissait maintenant ce que c’était un vrai baiser.

Par sa faute, Jake allait sûrement être renvoyé et le marquis allait assurément rompre ses fiançailles. Morte de honte, elle tenta de mettre de l’ordre dans sa coiffure et lissa ses jupes. Contournant Jake, elle sortit de sa cachette.

N’osant pas lever le regard, elle feignit de compter les brindilles qui jonchaient le sol de l’écurie.

  • Qu’est-ce que c’était que ça, Isabella ?

Elle prit une grande inspiration, releva la tête et affronta les yeux emplis de colères de son père. Ce qu’elle y vit la fit tressaillir.

Oh Seigneur… je suis bonne pour le couvent !

  • Jake, prenez vos affaires et veuillez quitter immédiatement ma propriété. N’osez jamais y remettre les pieds sinon vous goûterez à la poudre de mon fusil.

Jake risqua un regard vers Isabella et lui sourit.

  • Ce fut un plaisir ma lady.
  • Jake ! s’emporta le duc.

Elle le regarda quitter l’écurie et dans un murmure lui dit qu’elle était désolée.

  • Il est hors de question que j’épouse une dépravée ! Le marquis Johnson l’observait avec mépris.

Avec une moue de dégoût, il ajouta :

  • Si votre fille s’adonne à ce genre de liberté, avec un valet de pied dans les écuries comme une simple fille de ferme, je doute fort que sa vertu soit toujours intacte !
  • De quel droit osez-vous ! Isabella était outrée.
  • Franchement ma chère, ayez au moins l’intelligence d’assouvir vos bas instincts derrière une porte close et non pas à la vue de tous !

Logique, mais ce n’était pas une raison pour la traiter comme une vulgaire catin.

  • Vous saurez, marquis Johnson, que je ne suis pas une femme de petite vertu.

Isabella était rouge de colère et morte de honte. Comment osait-il la traiter de cette façon ?

  • Vous sembliez pourtant à votre aise ma chère, je ne gagerais pas un penny sur votre parole.
  • Et moi, une guinée, qu’à votre allure coincée, vous n’avez jamais touché une femme.
  • Je ne m’abaisserais jamais à toucher une femme qui préfère les valets de pied.
  • Johnson, ça suffit ! l’arrêta le duc.

Le marquis croisa les bras et renifla de dédain.

  • Vous préférez sûrement les catins vérolées de votre club ! cracha Isabella.
  • Assez ! Vous vous êtes déjà assez couverte de ridicule, ma fille. Allez m’attendre dans mon bureau, je dois m’entretenir avec le marquis.

Isabella regarda son père et pour une rare fois elle était sans mot. Bien qu’elle ait probablement ruiné sa réputation, elle ne méritait pas d’être ainsi traitée.

Elle fit quelques pas vers la sortie et dans un dernier regard pour le marquis, elle ajouta :

  • Avez-vous toujours cette passion pour les bateaux miniatures en bouteille ?
  • Pourquoi voulez-vous savoir ?
  • J’espère que de fabriquer ces bateaux vous satisfait, car j’ai bien peur pour vous que tout ce que vous allez réussir à pénétrer ce soit une bouteille. J’ai besoin d’un homme, un vrai, qui sait habilement se servir de ses mains autrement que pour s’amuser avec ses jouets comme le petit garçon que vous êtes.

Elle tourna les talons et quitta l’écurie la tête haute.